J'avais préparé ce marathon comme je prépare toujours un objectif sérieux : avec un chiffre en tête et pas beaucoup de place pour l'improvisation. Je visais 3h30, soit 4'58/km de moyenne, objectif calculé à partir de mon dernier semi-marathon. Dans mon plan, le semi devait passer autour de 1h44'30, suffisamment vite pour être dans les temps, suffisamment contrôlé pour tenir les 21 kilomètres suivants.
Au semi, j'étais exactement là où je voulais être. 1h44'12. Je regardais ma montre et, pour être honnête, je me sentais bien. La respiration était propre, les jambes répondaient, l'allure semblait presque facile. J'avais même cette pensée que beaucoup de coureurs connaissent : si je garde ça, les 3h30 sont largement possibles. Pendant quelques kilomètres, j'ai même eu envie d'accélérer.
Puis quelque chose a changé.
Ce n'est pas arrivé d'un coup. Au 29e kilomètre, ma foulée a commencé à se raccourcir. Pas de douleur, pas de mur spectaculaire. Simplement l'impression que mes jambes ne restituaient plus l'énergie que je leur demandais. J'ai essayé de ne rien changer. Même allure. Même cadence. Mais chaque kilomètre demandait un peu plus d'effort que le précédent.
Au 32e, j'ai compris que les 3h30 étaient en train de disparaître. À partir de là, je n'ai plus couru pour gagner du temps. J'ai couru pour en perdre le moins possible.
J'ai franchi la ligne en 3h41'08. Onze minutes de plus que prévu. Pourtant, mon passage au semi était exactement conforme au plan. Je n'avais pas explosé parce que j'avais mal géré les premiers kilomètres. J'avais simplement tenu, pendant 21 kilomètres, une allure qui correspondait à l'objectif que je m'étais fixé.
Et c'est cette question qui m'est restée après la course : est-ce que j'avais mal couru ce marathon, ou est-ce que mon objectif était faux dès le départ ?
Prenons les coureurs qui passent le semi entre 1h44 et 1h46, c'est-à-dire précisément à l'allure d'un 3h30. Quatorze pour cent d'entre eux finissent sous 3h30. Leur chrono médian s'établit autour de 3h37.
J'ai refait le calcul sur chaque édition séparément en pensant à une anomalie. La première donne 10,7 %, la seconde 17,9 %. Le niveau bouge, la conclusion non. Et la colonne « pile à l'allure » ne dépasse jamais 24 %, quel que soit l'objectif visé, de 3h à 5h.
Ce que ça veut dire, et ce que ça ne veut pas dire
Il serait tentant d'en conclure qu'il faut partir plus vite. Ce serait une erreur. Un coureur qui a huit minutes d'avance au semi n'est pas plus malin que les autres : il est meilleur. Son objectif était en dessous de ses moyens.
Si vous passez le semi à l'allure exacte de votre objectif, ce n'est pas votre stratégie qui est en cause. C'est votre objectif.
Être pile à l'allure à mi-course signifie que vous courez à votre plafond. Or un marathon ne se tient jamais depuis son plafond : la seconde moitié coûte mécaniquement plus cher que la première, pour tout le monde. Un objectif atteignable est un objectif qui vous laisse de la marge à mi-course.
Votre objectif tient-il ?
Deux informations suffisent. Rien n'est enregistré, rien n'est envoyé : le calcul se fait dans votre navigateur.
Où exactement ça lâche
Sur l'édition qui publie sept points de chronométrage, on peut localiser le basculement. Il est au même endroit pour tout le monde : entre le km 25 et le km 30. Avant, chacun court plus vite que sa moyenne. Après, chacun court plus lentement, sans exception et quel que soit le niveau.
Ce qui change d'un groupe à l'autre, ce n'est pas le moment mais le montant de la facture. Sur les sept derniers kilomètres, un coureur sous 3h concède 2,3 % ; un coureur en 4h15 en concède 10,8 %, soit environ huit minutes.
Le mur du km 30 est donc une légende à corriger d'environ cinq kilomètres. Ce qui se passe entre 25 et 30, c'est la perte de la marge. Ce qui arrive après 35, c'est la facture.
Les passages des coureurs qui ont réussi
Une page, vingt-cinq objectifs de 3h à 5h, et pour chacun les temps réels au semi, au km 25, au km 30 et au km 35 des finishers qui l'ont atteint. Pas des allures calculées par une formule.
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